Toronto vs Tartiflette : Discussion Explosive avec une Expatriée Française

Toronto vs Tartiflette : Discussion Explosive avec une Expatriée Française

Il nous est arrivé un truc pas banal et faut que je vous raconte ça. Un truc si peu banal et, à la fois, teeellement prévisible… Ce qu’on dit des français à l’étranger n’est pas toujours reluisant. La plupart du temps, en voyage, certains français veulent justement éviter de croiser d’autres français. 🇫🇷
Notre réputation n’est vraiment pas jojo. Pour la première fois, nous avons vécu de l’intérieur ce qui contribue à la mauvaise réputation que véhiculent certains français… Je vous raconte l’une de nos premières expériences de conversation avec une française à Toronto. 🙊

Un matin tranquille, comme les autres (non)

Voici le contexte : Bastien accompagne Eliott à l’école un matin de novembre. Cela fait environ deux petites semaines que nous sommes arrivés à Toronto. C’est tout frais. Eliott a démarré dans son école francophone, il y a moins d’une semaine, comme je vous le racontais dans le bilan de nos 2 premiers mois à Toronto.

Lors de notre visite de l’école quelques jours auparavant, un petit garçon de 7 ans, que nous appellerons Clément, était venu nous saluer et souhaiter la bienvenue à Eliott dans l’école (c’était très mignon d’ailleurs).

Je ne sais pas pourquoi je change le prénom de cet enfant, mais si les parents tombent sur cet article, vu l’ambiance, j’vais avoir des problèmes. 😅

Ce matin-là, Clément arrive devant l’école en même temps que mes 2 compères.

“ – Ah tiens, bonjour Clément !
– Ah bonjour ! Regarde maman, ce sont des français, ils viennent d’arriver ici !

Les gosses filent en classe. Début de la discussion entre Bastien et la daronne de Clément.

Rah là là, j’ai raté ça. J’ai manqué la discussion de l’année.

Su le chemin de l'école

Mais ne vous en faites pas, les propos m’ont été rapportés de manière extrêmement précise (et objective). En fait, si je ne connaissais pas Bastien et sa capacité à ne relater que le factuel des situations, j’aurais vraiment cru qu’il en rajoutait des tonnes. Des toooonnes. 

Pour ceux qui nous lisent depuis peu et qui nous connaissent mal, petit élément de contexte : Bon, je ne dis pas qu’il ne nous arrive pas de temps en temps de ralouiller légèrement (si, si, ça se dit ralouiller). Maaais globalement, je peux dire que nous sommes quand même des personnes plutôt positives, optimistes, toujours une p’tite blague à faire. On essaye de garder le sourire et de toujours gérer les situations du mieux qu’on peut même quand il nous arrive des galères.

🙃 Tiens, en parlant de galère, je vous ai raconté la plus grosse bourde de ma vie qui a failli mettre en péril notre expatriation ? Non ? (tant mieux, c’est trop la honte).

Donc, je reprends. Début de la conversion. Attention, c’est là que ça devient crousti crousti.

Ouin, ouin, on en reparle dans 6 mois ?

Bastien apprend qu’ils se sont expatriés en famille il y a 2 ans. Il en profite pour lui dire que nous, c’est tout récent, puisque nous sommes arrivés il y a tout juste 2 semaines.

Alors, je vous la fais dans le désordre parce que finalement, l’ordre importe peu, hein. Vous allez comprendre. C’est le discours qui compte.

Et je vous mets pas non plus les réponses de Bastien parce que ça va être chiant de lire quelqu’un qui essaye de se battre pour ses convictions pendant les 5 premières minutes et qui finit par enchaîner des “hmm, hmm” parce que… franchement, tu veux répondre quoi au bout d’un moment ? 🫢

  • Ah ! C’est vous les petits nouveaux ?
  • Nous on rentre en juin et on est bien contents !
  • Y’a aucune culture forte ici.
  • De toute façon, on en reparle dans 6 mois.
  • Qu’est-ce qu’on mange mal ici !
  • Y’a pas beaucoup de bâtiments historiques.
  • Ah qu’est-ce qu’elle est chère cette ville !
  • Y’a pas assez d’infrastructures touristiques. Y’a même pas de chalets autour du lac Ontario.
  • De toute façon, on en reparle dans 6 mois (bis).
  • Si tu veux avoir accès à la nourriture française, c’est super cher.
  • Les gens ne s’assoient même pas pour boire leur café. Ils boivent en marchant !
  • On trouve même pas de viande de canard.
  • J’ai même pas trouvé de reblochon pour faire ma tartiflette, alors que chez nous, c’est la base quoi (true story, je vous jure).
  • Ah là là, les logements, c’est cher.
  • Si c’est pour être locataire toute sa vie, c’est pas la peine.
  • Les gens ici, ils prennent jamais de vacances. Y’en a un, au boulot, qui est là depuis un an, il a toujours pas pris de vacances.
  • La multiculturalité ? ça aussi, on en reparle dans 6 mois (ter), vous direz plus la même chose.
  • Avec leur théorie du genre, on n’a même plus le droit de donner son avis.”

Alors ? C’est sympa comme tout, non ?

Il est tombé sur la meuf la plus raciste, transphobe et conservatrice du monde qui a décidé de s’expatrier dans la ville la plus multiculturelle, la plus LGBTQIA+ friendly, la plus ouverte du monde.

Et ce qui est cool, c’est qu’elle véhicule une belle image des français à l’étranger. 😳

Euh, à chaud, t’as juste envie d’être vulgaire et de lui répondre un truc du genre :

DÉ-GA-GE ! Et rentre chez ta mère bouffer une raclette !

Et, ma vieille ? T’aurais pu te renseigner un peu sur Toronto avant de t’expatrier ici, tu crois pas ?

Vous vous rendez compte ? Bastien vient de lui dire :

Je viens tout juste de m’expatrier à Toronto pour un nouveau projet de vie. Je suis ici depuis 15 jours”…

Ecole Gabrielle Roy Toronto
Devant l’école Gabrielle Roy, Toronto.

Briseuse de rêves et de ménage

Imaginez. Si j’extrapole un peu (mais pas tant que ça), le truc peut aller très loin. Imaginez 2 secondes quelqu’un qui se retrouve ici par la force des choses, parce que son conjoint ou sa conjointe s’est fait expatrié par sa boîte et qu’il a dû suivre sans vraiment donner son avis sur le projet.

Imaginez que ce même quelqu’un soit déjà pas dans un mood hyper positif, qu’il trouve l’installation difficile, que sa famille lui manque. Imaginez. Parce que ça arrive souvent ce genre de situations, on a lu de nombreux témoignages à ce sujet quand on préparait notre projet.

Ce n’est pas notre cas, et bien heureusement. Mais cette meuf n’a AUCUNE idée de la personne qui est en face d’elle. Elle ne sait pas DU TOUT à qui elle est en train de déverser ce flot d’immondices.

En l’espace de 10 pauvres minutes de discussion, elle peut amorcer le début d’une grande morosité, d’une dépression, d’une dispute familiale, ou que sais-je. C’est horrible de dire tout ça à des gens qui sont là de puis 15 JOURS et qui préparent ce projet depuis des mois, voire des années ! 

Et je parle même pas du fait qu’elle assume clairement tenir des propos très limites sur la multiculturalité et la transidentité devant un piètre inconnu. 😒

Ce n’est pas rien de se lancer dans un projet d’expatriation et elle le sait puisqu’elle l’a fait. Tu réfléchis mûrement pendant des années à ce projet. Tu laisses forcément des choses derrière toi. Ton pays, ta famille, tes amis, ton boulot…

Pour en construire de nouvelles, certes. Mais ce processus n’est pas forcément facile pour tout le monde. Et je me répète, mais l’expatriation est parfois subie et non choisie. Et même si elle choisie, elle peut être parfois extrêmement difficile à vivre.

Mais pourquoi ? Pourquoi tant de haine ?

Alors, je me demande. Pourquoi ? Pourquoi ce discours ? Pourquoi tant de négativité ? Pourquoi partager son fiel avec de nouveaux arrivants remplis d’espoir et d’excitation ? Pourquoi avoir envie que tout le monde soit aussi malheureux qu’elle ?

C’est une attitude teeeellement égoïste.

On en reparle dans 6 mois.

Elle n’a pas arrêté de dire ça. Sous-entendu : “Vous verrez, j’ai raison”. Bah non, ma vieille, t’as tord. Tu as TES raisons, mais ce ne sont pas les nôtres.

Range ton ego et tes croyances.

Elle a raté son expat’. Il faut que tout le monde rate son expat’. Sinon, c’est pas juste. Ouin ouin.

Je comprends pourquoi tant de gens fuient les français à l’étranger. C’est justement pour éviter ça. Car oui, c’est bien avec une française pure souche que cette discussion a eu lieu.

Alors bien sûr, c’est juste qu’elle est nulle cette meuf. C’est pas parce qu’elle est française, je sais. Je vous vois déjà brandir l’étendard de l’injustice. Mais, on est vite tenté de faire le raccourci quand on entend le mot “tartiflette”. 🧀

Ces gens qui pensent qu’on attend qu’eux au Canada parce qu’ils sont français… 🙄 Ils imaginent qu’ils vont trouver la même chose qu’en France parce qu’une partie du Canada parle français. Sérieux, mais l’ego des mecs quoi.

CE N’EST PAS LE MÊME PAYS.

Bien sûr, tous les français à l’étranger ne sont pas comme ça et heureusement ! On a d’ailleurs sympathisé avec d’autres mamans de l’école qui sont super cool et heureuses de vivre ici depuis des années. Et un tas d’expatriés français ici adorent aussi leur vie !

Mais dans quel monde vit-on pour qu’elle trouve ça normal de dire toutes ces choses à un tout nouvel arrivant ? J’ai pas vraiment la réponse à vrai dire. Y’avait mille trucs à dire avant toutes ces bêtises de viande de canard. 
Comme “bienvenue”, par exemple. 🤷‍♀️

Round 2 : La rencontre à la fête de l’école

Vous sentez que j’suis déjà en train de me marrer ? J’espérais tellement les croiser ! 

Non, parce qu’en vrai, ça me fait rire, moi, ces situations. Tant mieux, d’ailleurs, que ça tombe sur nous et pas sur des personnes qui pourraient douter ou se laisser intimider et influencer.

J’adore hocher la tête bêtement et voir jusqu’où la personne pourra aller dans sa connerie. Ça nourrit mon blog et mon expérience d’expatriée, alors je vais pas m’en passer. Et puis, je le vis comme une expérience sociale.

Nous les croisons donc à la fête de fin d’année de l’école. Cette fois, y’avait aussi le daron. Même genre, mais avec moins de ferveur.

Lui : “Alors, vous avez troqué les bons fromages et le bon saucisson pour les burgers ?
Elle : “Clément, il a tellement envie de rentrer en France que même les épinards de la cantine lui manquent. C’est vous dire !

Je vous jure que je ne déforme pas un traître mot. Ce sont littéralement les deux premières phrases qui sont sorties de leur bouche après m’avoir dit bonjour. 🤐
Elle est où la caméra cachée ?

Puis la discussion s’est poursuivie un peu avec lui (qui est un peu plus soft qu’elle) autour des prix des véhicules, des appartements, des assurances. Tout est plus cher, bla bla bla, pour une qualité moindre, bla bla bla. Le genre passionnant quoi.

J’ai aussi appris que depuis 2 ans qu’ils sont à Toronto, ils ont gardé leur maison en France, donc ni vendue, ni louée. Avec la voiture dans le garage qui les attend.

Ça en dit long sur leur profil : t’es parti, mais pas vraiment parti. Ta baraque, c’est un gouffre à pognon. Ta bagnole aussi. T’attend qu’une chose, c’est rentrer chez toi. Puisqu’en fait, le Canada, c’est pas vraiment chez toi manifestement.
Faut arrêter de se plaindre et assumer ses choix. Le beurre, l’argent du beurre et le sourire des torontois. Sérieusement…

Plus tard, sans les parents, Bastien demande à Clément : “Alors, c’est comment le Canada ?
Il lui répond enjoué : “C’est trop bien le Canada !” 🇨🇦

J’ai vraiment cru qu’on tournait un mauvais sketch.

Round 3 : le(s) soir(s) à la garderie

Le soir, quand je vais chercher Eliott à la garderie de l’école, je croise souvent le daron. Il vient chercher Clément à peu près à la même heure.

Ecole Gabrielle Roy Toronto

Un soir, Clément s’approche d’Eliott et moi qui étions sur le point de partir de la garderie. 

Il balance à mon fils :

Tu vas voir, la France va trop te manquer. Dans quelques mois vous direz plus que vous êtes bien ici.

J’vous jure. 😱
Ça y est, elle a réussi à contaminer son gosse qui, à son tour, essaye d’embarquer le mien dans ce délire. Voyez à quel point les parents peuvent transmettre leur mal-être à leurs éponges de gamins ?

Le père, passif, est resté debout pas loin, à écouter d’un air bêta, son fils qui dit à mon enfant de 5 ans qui vient de quitter ses repères pour nous suivre, que la France va lui manquer. 

Sans intervenir. 👍 Bien joué, mec.

Je serais curieuse d’entendre leurs conversations à la maison pour qu’un gamin de 7 ans en vienne à tenir ces propos.

Mais heureusement, les parents sont capables du pire comme du meilleur. Si certains sont capables de mettre des idées très négatives dans la tête de leur gosse, d’autres au contraire, sont capables de les élever dans le positivisme, la bonne adaptation aux nouvelles situations, la joie et le courage.

Et notre Eliott, heureusement, n’est pas du genre à se laisser influencer. Il adore être ici, il s’adapte à sa nouvelle vie, il est heureux et ne laissera personne lui dicter ce qu’il doit penser.

Au bord du lac Ontario

Un p’tit snack pour la fin

Depuis, on échange des sourires polis.

J’en fais des caisses sur ma jovialité pour lui montrer que je me sens bien ici, que je ne déprime pas du tout. Et que non, on n’en reparle pas dans 6 mois parce que j’espère que vous vous serez barrés très loin d’ici. 😂 

Moi : Bonjour ! Comment ça va ?
Lui : Oh, comme un lundi.

Il ne le sait pas : mais moi j’adore les lundis, et je me dis toujours que les gens qui disent “comme un lundi” doivent mener des vies vraiment très chiantes.

Sur le point de partir, je demande à Eliott de mettre ses mitaines (en québécois, on dit mitaines pour désigner les moufles).

Clément nous a entendu et dit à son père :

“Papa, ils disent mitaines, ils se sont déjà habitués aux mots d’ici !

Avec le recul, je suis surtout très triste pour eux et pour Clément qui gardera un souvenir amer de son expatriation canadienne. C’est dommage, car ce sont des expériences si enrichissantes pour les gamins. On ne devrait pas leur faire ressentir notre échec. 

Je veux dire, on a le droit de se planter, on a le droit d’être malheureux, on a le droit de déprimer, d’avoir le mal du pays, de regretter ses choix… Mais imposer son échec à son môme (et aux autres !), sans en tirer de leçon positive, c’est bien dommage.

J’espère qu’il ne deviendra pas un adulte aigri et qu’il saura faire preuve de discernement en grandissant.

Pour conclure : Profitez du reblochon les gars, tant que vous êtes en France ! Et de toute façon… On en reparle dans 6 mois ! 🫠

Racontez-nous vos anecdotes d’expatriation en commentaires ! Histoire qu’on se marre un peu.

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Marjo

Bonne vivante, j'adore me marrer et je ne refuse jamais un apéro, c'est un principe. J'aime partir à l'aventure en pleine nature avec mon sac à dos. Avec bonne humeur et sans langue de bois, je vous partage mes récits de voyages, mes conseils de vadrouille et mes reportages !
Après 5 ans en agence de voyages et 5 ans en tant que responsable de formation tourisme, je me consacre maintenant à l'écriture (blogging, reportages, ebooks) et à la stratégie digitale !

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